I.Q.GA.RHO

COLLOQUE

« MONDIALISATION et TEILHARD de CHARDIN »

 

20 octobre 2002

Bagnols sur Cèze

 

 

LE « PAS » DE LA MONDIALISATION

 

Par Jean BOISSONNAT

 

Le mot est récent. La chose est ancienne. L'usage du mot "mondialisation" dans le sens où nous l'entendons aujourd'hui (celui de multiplication des échanges, de compétition universelle, d'extension des entreprises en réseaux) semble né de la définition donnée par un économiste américain, Théodore Lévitt, du terme "globalisation" dans un article paru en 1983. Si bien que l'on emploie volontiers un mot pour l'autre.

Mais avant de nous avancer dans l'examen de ce phénomène, il convient de le situer avec du recul, non seulement dans l'évolution de la vie économique de l'humanité, mais aussi dans l'évolution elle-même, entendue à la manière de Teilhard, l'évolution comme destinée du monde, bien au-delà de notre planète. L'intuition fondamentale de Teilhard, - quels que soient les mots employés - est que la création du monde n'est pas achevée. Qu'elle se développe selon des lois, peut-être non définies scientifiquement, mais néanmoins rigoureuses, de convergences et de conscience croissantes, dans l'accomplissement desquelles l'espèce humaine tient une place stratégique, simplement parce que Dieu s'est fait homme et non pas caillou, algue, fleur, oiseau ou éléphant. Teilhard écrit dans les années 20: "Nous imaginons peut-être que la création est depuis longtemps finie. Erreur, elle se poursuit de plus belle et dans les zones les plus élevées du monde... Et c'est à l'achever que nous servons, même par le travail le plus humble de nos mains." (Œuvre, volume IV, page 50, au Seuil).

Depuis 15 milliards d'années (la date de naissance de l'univers, privilégiée aujourd'hui par la communauté scientifique) la vie n'aurait pas cessé de mûrir dans la matière et la conscience dans la vie. La matière qui serait née elle-même de la lumière, reflétant ainsi les intuitions de la Bible: " Les ténèbres couvraient l'abîme et l'Esprit de Dieu planait... Dieu dit: que la lumière soit! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne et il sépara la lumière des ténèbres." ( Livre de la Genèse).

Si l'univers a effectivement 15 milliards d'années, la Terre en aurait environ 4 milliards, les poissons quelques centaines de millions, les fleurs un peu moins, les premiers hommes 3 millions et l'être humain tel que nous le connaissons aujourd'hui, à peu près 40000 ans. La vie ayant ainsi, avec l'homme, franchit le "pas" de la pensée, l'aventure continue quand l'homme franchit le "pas" de la socialisation, il y a environ 10000 ans, avec les premières cités qui se substituent à l'habitat dispersé des clans et des tribus, et avec l'agriculture qui remplace la chasse et la cueillette. Depuis lors, l'humanité travaille à franchir le "pas" de la mondialisation. C'est-à-dire à relier entre elles toutes ces entités humaines appelées à se connaître, à échanger, à se rencontrer, non sans heurts et conflits parfois tragiques.

Groupes humains qui, par leurs convergences, accumulent expériences et langages et, par là, approfondissent leur conscience. Ici encore les intuitions de Teilhard nous servent pour comprendre la signification de ce qui se passe. Il ne déduit pas chaque étape de l'évolution, de l'achèvement de l'étape précédente, de façon automatique. C'est l'avenir qui lance un appel au passé. Comme l'écrit Bernard Sesé dans son article des Etudes d'avril 2002 intitulé " Pierre Teilhard de Chardin prophète de la mondialisation? ": "Plutôt que du début il conviendrait, en fait, de partir de la fin de l'Histoire. La fable du monde, selon Teilhard de Chardin, commence au futur: II sera une fois..."

 


Pour Teilhard en effet son "Point Oméga" est un centre dont l'attraction a suffisamment de force pour attirer un flux d'unification sans lequel on ne pourrait pas soulever la multiplicité des réalités dispersées dans l'espace et dans l'histoire. Probablement nous dirait-il aujourd'hui que cette mondialisation dont nous parlons tant en termes économiques est, en réalité, un mouvement de nature spirituelle qui a revêtu les formes de l'économie. Risquons une définition: la mondialisation actuelle serait une accélération d'un processus multiséculaire de l'universalisation de la destinée de l'humanité.

Mais pourquoi l'économie a-t-elle été le support le plus naturel - et le plus efficace - de la mondialisation? Après tout celle-ci aurait pu se réaliser par la volonté d'un conquérant, d'une force qui soumet te monde a son autorité. C'était d'ailleurs bien ainsi que les grands conquérants se voyaient, depuis Alexandre et les Empereurs romains. Ils ont effectivement tracé des routes, relié des cités, imposé des lois, diffuser des langues et des idées. Les grandes religions ont, elles aussi, contribué à rassembler des peuples, à les faire prier ensemble, en se tournant vers les mêmes dieux. Mais c'est finalement l'économie qui a obtenu le meilleur rapport "qualité-prix" dans cet effort toujours renouvelé pour unifier notre planète. Pourquoi donc? Peut-être parce qu'elle renouvelle notre rapport à la violence, toujours présente dans les relations entre les hommes, individus, groupes sociaux, nations. Toute l'histoire de l'humanité peut s'analyser comme une succession d'innovations pour rendre la violence , par ailleurs si naturelle à notre espèce comme à beaucoup d'autres, supportable. C'est pour la contrôler que nous avons inventé l'Etat, c'est-à-dire l'institution à laquelle nous avons consenti le monopole de la violence physique. La guerre elle-même, en tant qu'affrontement entre des forces organisées, constitue une institutionnalisation de la violence pour l'ordonner. On "déclare la guerre", on "conclut la paix", on "signe des traités". Tout cela pour que la violence, dans son paroxysme, ait un début et une fin. Pierre Chaunu, notre grand historien, a évalué à un rapport de 10 à 1, ce qu'a rapporté à l'humanité, le passage de la violence originelle à cette violence organisée, institutionnalisée et, par là, régulée. En d'autres termes, là où dix hommes mouraient du fait de la volonté d'autres hommes, et non pas de la famine, d'une épidémie ou d'une catastrophe naturelle, au temps de la violence naturelle, il n'en meurt plus qu'un dans la phase historique de la violence organisée. Pourtant le tribut reste lourd: 100 millions de morts au XX° siècle à l'occasion des guerres et des révolutions. René Girard nous a expliqué en quoi la violence faisait corps avec le sacré.

La vie économique constitue - avec le sport- la plus grande tentative faite par l'humanité pour alléger le poids de la violence en la détournant des hommes vers les choses. En l'organisant dans une compétition où ce que l'un gagne, l'autre ne le perd pas nécessairement. La relation marchande ne prétend pas aboutir à la chute d'une des deux parties en concurrence: le vendeur ne peut pas vouloir la ruine de l'acheteur car il a besoin de celui-ci pour continuer de produire; et le consommateur ne peut souhaiter la faillite du producteur car il a besoin de lui pour s'employer. La relation "gagnant-gagnant" devient ainsi naturelle car elle satisfait les besoins des deux parties. Dans la réalité, l'harmonie n'est évidemment pas garantie en toutes circonstances. Il existe de nombreux phénomènes d'abus, d'exploitation, d'injustice.

La violence reste présente dans les licenciements, les krachs financiers, le chômage, les profits illicites. Mais "l'économie contient la violence" selon la belle formule de Jean-Pierre Dupuy, au double sens de l'expression: elle en contient et elle la limite. Voilà probablement pourquoi l'économie a été le véhicule le plus efficace de la mondialisation dont nous vivons aujourd'hui une accélération et non pas un commencement. Cela ne signifie pas que la mondialisation ne présente qu'une dimension économique. En multipliant les échanges elle touche à tous les aspects de la vie de l'humanité: la culture, la politique, l'art, la religion.....

La première grande étape de la mondialisation, celle des "Grandes Découvertes" aux XV° et XVI" siècles, peut paraître bien modeste. Le premier tour de la Terre est bouclé en 1522. Mais les échanges transocéaniques restent faibles. D'ailleurs la plus grande partie de la population du globe ignore ces découvertes géographiques. En Europe, malgré l'alphabet, l'écriture et l'imprimerie, neuf dixièmes des populations ne savent pas lire à la fin de la Renaissance.

 


Leur horizon géographique se limite à un rayon de cinq kilomètres. On évalue le surplus de richesses créé par cette ouverture sur le monde, à environ 1 de la production de l'époque ( d'après Pierre Léon dans "L'ouverture du Monde XIV°-XVI°siècles", page 578, aux Editions Armand Colin, 1977). Toutefois le XVII° siècle apporte à ce modeste gain en capital, un fantastique coefficient de capital intellectuel, avec les percées conceptuelles de Kepler, Galilée, Descartes, Leibniz et Newton: en moins de cinquante ans on apprend à décrire le monde en termes mathématiques.

Ainsi s'accumulent les matériaux de la première grande révolution économique depuis le passage à l'agriculture, dix mille ans plus tôt: la révolution industrielle de la fin du XVIII0 siècle. Encore fallait-il, pour que toutes ces prouesses intellectuelles et techniques produisent leurs effets, que les mentalités en attendent des fruits et que les cadres de la société en autorisent le déploiement.

Or les mentalités changent imperceptiblement depuis la fin du Moyen-Age. On n'attend plus seulement de l'économie qu'elle assure la survie de l'espèce en satisfaisant ses besoins "naturels" de nourriture, de vêtement et de logement. A cette économie de subsistance qui occupe toute l'histoire de l'humanité depuis l'origine,se superpose puis se substitue une économie de développement où les besoins ne sont plus définis par la nature mais par la culture, car la vraie nature de l'homme c'est sa culture. Ce sont des besoins "sociaux" qui se transmettent, et donc s'accroissent, par mimétisme. La satisfaction de l'un d'entre eux produit très vite l'apparition de besoins nouveaux. Cet enchaînement sans fin reste, aujourd'hui, le ressort de notre économie et explique notre fascination par la notion de "croissance" et par le calcul incessant de l'évolution et de la comparaison des "revenus par tête".

Selon les estimations d'Angus Maddison ( " Léconomie mondiale, une perspective millénaire", OCDE, 2001 ), la croissance de la production était nulle pendant le premier millénaire de l'ère chrétienne. Comme la population était elle-même stagnante (avec des oscillations fortes provoquées par les famines, les guerres, les épidémies, les catastrophes naturelles) autour de 250 millions d'habitants (majoritairement en Asie, déjà), il en résultait que le revenu par tête restait inchangé. Durant les huit premiers siècles du deuxième millénaire de l'ère chrétienne, la croissance s'ébranle (+0,22 par an) mais la population aussi puisqu'on atteint le milliard d'être humains au début du XIX° siècle. Il en résulte que le revenu par tête ne croît que très faiblement (+0,05 par an), avec toutefois des écarts sensibles selon les continents et la catégories sociales. Le branle est donné. L'humanité découvre la croissance, fruit de la productivité du travail. Au cours des deux cents dernières années, la production mondiale augmente de 2,21 par an . Malgré une explosion démographique sans précédent (on passe de 1 à 6 milliards d'habitants sur la Terre), le revenu par tête s'accroît de 1,21 par an . Naturellement ces moyennes recouvrent de fortes disparités. Alors que durant le premier millénaire de l'ère chrétienne le revenu par tête était à peu près égal partout ( douze fois moins, estime-t-on, que la moyenne mondiale actuelle), il est aujourd'hui vingt fois plus élevé en Amérique du Nord qu'en Afrique.

La croissance du revenu par tête s'est littéralement envolée durant la deuxième partie du XX° siècle: de 1950 à 1973, +4,08 par an en Europe de l'Ouest (rattrapage du manque à gagner de la dernière guerre), +8,05 au Japon. Le rythme revient autour de 2 à 3 en Europe, en Amérique et au Japon durant le dernier quart du siècle, tandis qu'il s'emballe en Asie (surtout en Chine) et qu'il a plus de mal à s'accélérer en Afrique.

II reste une énigme: pourquoi l'Europe (avec son prolongement américain) a-t-elle été le berceau de cette révolution économique alors que la Chine l'avait précédée de plusieurs siècles en matière technique (y compris l'invention de l'imprimerie, réalisée cinq siècles avant qu'elle ne le fût en Europe ) et que l'Islam lui enseignait les sciences autour de l’an Mille? La réponse à une telle question est toujours fragile et contestable.

 


David S. Landes prend le risque d'en proposer une dans son oeuvre fondamentale "Richesse et pauvreté des nations", aux Editions Albin Michel, 2000. Si l'on résume son propos en le simplifiant exagérément, sa réponse est celle-ci: pour la Chine, trop d'Etat; pour l'Islam, trop de religion. Dans les deux cas les initiatives individuelles sont contrariées ou étouffées.

En Europe le christianisme n'a pas eu les mêmes effets pour, semble-t-il, trois raisons: parce qu'il s'inscrit dans la tradition juive où Dieu confie à l'homme la gestion de la création; parce qu'il distingue le pouvoir religieux du pouvoir politique, ce qui crée un premeier espace dans lequel l'individu peut s'ébrouer; parce qu'il distingue l'esprit de la lettre, ce qui crée un deuxième espace d'expérimentation et d'innovation. Que l'Eglise ait fait brûler Giordano Bruno, qu'elle ait condamné Galilée, qu'elle ait résisté au processus de démocratisation, ne change rien à l'affaire. Elle portait un message - qu'elle a eu le mérite de ne jamais défigurer au point de lui enlever toute force révolutionnaire- qui plaçait chaque être humain en position d'innover. Jean-Paul II transcrit ce message du christianisme dans de nombreux textes. En particulier dans "Laborem exercens " (1981): "Dans les paroles de la Révélation divine, on trouve profondément inscrite cette vérité fondamentale que l'homme, créé à l'image de Dieu, participe par son travail à l'oeuvre du Créateur." Et dans "Centisimus annus" (1991): "N'étant pas une idéologie, la foi chrétienne ne cherche nullement à enfermer dans le cadre d'un modèle rigide la changeante réalité sociale et politique, et elle admet que la vie de l'homme se réalise dans l'histoire de manières diverses et imparfaites". Comment ne pas voir dans ces propos un reflet des intuitions de Pierre Teilhard de Chardin?

Après les Grandes Découvertes, la deuxième phase d'accélération de la mondialisation a été la seconde partie du XIX° siècle, avec la libération des échanges commerciaux, la construction des empires coloniaux et le maillage de la planète en voies ferrées et en voies maritimes rapides. De 1820 à 1913, le revenu par tête a progressé trois fois plus vite que pendant la période 1700-1820. Essentiellement en Grande-Bretagne et en Europe continentale. Les exportations anglaises, par exemple, progressent de 3,9% par an, deux fois plus vite que la croissance de la production. L'Empire britannique regroupe 52 millions d'habitants en Afrique, 330 millions en Asie (essentiellement en Inde) et 18 millions en Amérique et en Océanie. Au total, l'Empire britannique va concerner quelques 400 millions d'êtres humains, près d'un homme sur trois. Le Traité Cobden-Chevalier de 1860 illustre le processus de libération des échanges. Le premier navire à vapeur date de 1812. En 1880, on va à New-York depuis l'Europe, en dix jours. Le chemin de fer apparaît en Grande-Bretagne en 1826. En 1913, il y a un million de kilomètres de votes ferrées dans le monde. Le télégraphe s'installe à partir de 1850; il est complété par le téléphone en 1913. Keynes peut décrire en ces termes la situation d'un Anglais (fortuné!) au moment de la première guerre mondiale:" Un Londonien, sirotant son thé dans son lit, pouvait commander par téléphone divers produits dans le monde entier. Il pouvait au même moment et par le même moyen, risquer sa richesse dans des ressources naturelles ou une nouvelle entreprise dans n'importe quelle partie du monde. Il pouvait trouver sur le champ un moyen de transport confortable et bon marché pour n'importe quel pays, sans avoir à fournir de passeport ni se soumettre à une quelconque formalité" ( cité parAngus Maddison).

Si l'on compare le volume des échanges de marchandises ( importations + exportations, en pourcentage de la production) de quelques grands pays en 1913 et en 1995, on constate qu'il était à peine moins élevé au début du XX° siècle qu'aujourd'hui (autour de 40) sauf pour le Etats-Unis où il a doublé passant de 10 à 20. Mais entre temps ce pourcentage s'était effondré, parfois de moitié, avec les guerres et les crises.

 


La mondialisation n'est donc pas linéaire. Elle peut régresser brusquement sans que cela brise l'évolution au cours des siècles.

Quelle est la nature de la phase d'accélération que nous connaissons aujourd'hui?

Trois phénomènes se sont conjugués pour dessiner la figure de la nouvelle étape de la mondialisation. Tout d'abord, il y a la longue période de libération des échanges inaugurée après la deuxième guerre mondiale par la création d'institutions internationales qui se sont données comme objectifs de promouvoir cette libération: Fonds monétaire international, GATT (devenu Organisation mondiale du commerce), OCDE, Marché commun etc... En outre, la chute du communisme en Europe dans la dernière décennie du siècle, a ouvert de nouveaux territoires à cette libération des échanges, faisant de l'économie de marché la norme universelle. Enfin la nouvelle révolution industrielle (celle de l'informatique et des télécommunications) dont on disait à ses débuts que c'était "une solution qui n'avait pas trouvé son problème", a donné à cette extension des marchés les nouveaux outils de son développement.

Quelques chiffres pour mesurer les changements: entre 1920 et 1990, le coût du transport maritime a été réduit de 70%. Celui des transports aériens de 84% entre 1930 et 1990. Celui d'un appel téléphonique de 3 minutes de New-York à Londres était 150 fois moins élevé en 2000 qu'en 1960. Quant au prix des ordinateurs ( à performances équivalentes) il a été divisé par près de 2000 au cours des quarante dernières années. Les transactions financières quotidiennes dans le monde, sont 50 fois plus importantes que les transactions commerciales. Les investissements directs à l'étranger ( à l'exclusion des investissements de portefeuille) s'accroissent deux fois plus vite que les échanges commerciaux lesquels augmentent deux fois plus vite que la production.

A la différence de ce que l'on avait observé dans les phases précédentes de la mondialisation , celle-ci concerne désormais tous les pays. Le cas le plus frappant est celui de la Chine qui s'était tenue à l'écart des Grandes Découvertes du XVI° siècle comme de la libéralisation du XIX°. Jusqu'en 1978 le commerce extérieur de la Chine était négligeable; il est passé de 8,5% en 1978 à 36,5% en 1999 (il s'agit toujours de la somme des exportations et des importations rapportée à la production nationale). Longtemps fermé aux capitaux étrangers, la Chine est désormais le premier destinataire de ceux-ci en dehors des pays riches.

Les firmes internationales se multiplient. Toutes les grandes entreprises se fournissent et vendent dans la monde entier; les petites firmes leur emboîtent le pas. Toyota s'implante à Valenciennes. Renault rachète Nissan. Daimler prend le contrôle de Chrysler. Moulinex ferme des usines en Normandie parce que les fours à micro-ondes fabriqués à Changhaï coûtent beaucoup moins cher. Trente milliards de messages électroniques sont échangés chaque jour dans le monde; aucun il y a vingt ans; 60 milliards dans cinq ans.

Qu'est-ce qui distingue cette mondialisation du XXI° siècle de celles du XVI° et du XIX° siècles? D'abord qu'elle est sensible à tout le monde. Ce laboureur de la Renaissance qui ne voyait rien au-delà d'un rayon de cinq kilomètres, a cédé la place au plus reculé des habitants de notre planète qui reçoit des nouvelles du monde entier en ouvrant sa radio ou sa télévision. Il sait, à l'instant même où l'événement se produit, qu'un avion s'écrase sur les tours de Manhattan. Jamais, dans l'histoire de l'humanité, chaque homme, où qu'il soit, quel qu'il soit, n'avait été le spectateur de l'aventure collective de l'espèce humaine au moment même où elle se déroule. Il sait alors qu'il appartient à cette collectivité, même s'il se sent impuissant à y changer quoi que ce soit.

Deuxième différence, cette mondialisation contraint les responsables de la vie collective à s'interroger sur sa pérennité. En effet, chacun attend spontanément de pouvoir profiter –sinon lui-même, du moins sa proche descendance- des fruits de l'économie tels qu'on les observe dans les pays les plus avancés.


Prenons le cas de l'automobile dont tout être humain rêve de pouvoir disposer un jour. Il circule aujourd'hui quelques 800 millions de voitures particulières dans le monde. Si toute l'humanité devait être équipée comme les Français (30 millions de voitures en circulation chez nous car un tiers d'entre nous a plus d'une voiture), il faudrait faire circuler dans le monde 3 milliards de voitures. Ce qui de l'avis des experts est strictement impossible pour des raisons de pollution: l'humanité périrait asphyxiée. Pour la première fois nous sommes contraints de nous poser le problème du "développement durable" et, donc, à cette occasion celui de la gestion de notre environnement naturel. L'écologie n'est pas une option politique parmi d'autres. C'est un aspect inévitable de toute politique. Sauf qu'il est souvent ingérable au niveau où s'organise l'autorité publique, c'est-à-dire au niveau de l'Etat national.

Ici apparaît le choc majeur de ce début de siècle: celui qui met en contradiction la mondialisation de l'économie et la fragmentation de la politique. Face à cette globalisation qui souligne notre impuissance, nous résistons en affirmant nos identités sociales définies en termes religieux, ethniques, culturels et politiques. La Société des Nations, au lendemain de la première guerre mondiale, comptait une trentaine de membres; l'Organisation des Nations Unies en avait une cinquantaine après la deuxième guerre mondiale; elle en compte aujourd'hui près de 200 ( le 190° membre qui vient d'adhérer n'est autre que la Suisse, tout un symbole!). Chacun de ces Etats nationaux se croit souverain alors qu'il n'est qu'un atome dans un ensemble qui l'emporte.

La résistance à la mondialisation naît de sa nature même. Elle contraint l'humanité à s'organiser au-delà de l'Etat national qui constitue le cadre naturel de la vie collective - depuis peu de siècles d'ailleurs, un ou deux dans la plupart des cas. Voilà qu'il nous faut réinventer une cité pour la gestion de la proximité et un empire pour l'harmonie de l'ensemble. C'est ce que nous appelons aujourd'hui le régionalisme et le fédéralisme. L'aventure européenne depuis un demi siècle en est l'exemple le plus accompli. En outre la mondialisation engendre de nouvelles inégalités à la fois entre le Sud et Nord et à l'intérieur de chacun de ces ensembles. C'est l'effet mécanique de toute accélération: elle étire le peloton des groupes qui la subissent. Selon le plus récent Rapport sur le Développement dans le monde de l'ONU (édition 2001), l'échelle des revenus dans te monde entre les 10 les plus riches et les 10 les plus pauvres serait de 1 à 60 (1 à 3 en Europe, 1 à 6 aux Etats-Unis). Depuis vingt-cinq ans le revenu par tête a augmenté de 8% par an en Chine, de 3,2% en Inde, de 2% dans les pays de l'OCDE. Donc les écarts se réduisent entre grandes masses humaines. Mais il s'accroît avec l'Afrique subsaharienne où le revenu par tête a reculé, de même qu'en Europe centrale et orientale. Bien qu'en trente ans la durée de vie s'est allongée de 8 années dans les pays en développement, elle a reculé dans vingt pays d'Afrique particulièrement frappés par le SIDA; dans six d'entre eux elle a même reculé de sept années. L'accès à l'eau potable a beau avoir été multiplié par cinq en trente ans dans l'ensemble des pays en voie de développement, il reste un milliard d'êtres humains qui n'a pas accès à un point d'eau aménagé. Le fait que le revenu moyen dans les pays en voie de développement a effectivement doublé dans le dernier quart du XX° siècle n'empêche pas que 1,2 milliard d'êtres humains doivent survivre avec moins d'un euro par jour, et 2,8 avec moins de 2 euros par jour. De même que l'on compte encore 325 millions de jeunes non scolarisés et 250 millions d'enfants employés dans la production.

Le fait nouveau est que ces inégalités sont connues, mesurées, discutées. Malgré toutes les insuffisances des tentatives de redistribution des richesses au niveau mondial, cette question est officiellement posée et débattue, ce qui n'était pas le cas naguère. Les engagements pris sont rarement tenus: dans les années 70 les pays riches avaient promis de consacrer 0,7% de leurs revenus à l'aide publique aux pays pauvres avant la fin du siècle. Nous n'en sommes qu'à 0,23%. Pris de remords, les riches ont décidé de combler une partie du retard, en atteignant 0,5% avant la fin de la décennie. La solidarité n'avance pas très vite mais elle est publiquement débattue non seulement comme un devoir mais aussi comme un bienfait pour tous. C'est la mentalité du "gagnant-gagnant" que nous devons à la primauté de l'économie dans notre vie collective.

Au XIX° siècle encore il était tout à fait naturel que le plus fort vive du pillage du plus faible, que le vainqueur s'enrichisse en ruinant le vaincu. Nous voyons bien que ce sont les pays qui s'ouvrent le plus aux échanges qui progressent le plus vite. Pendant le dernier quart de siècle on a même a constaté qu'une centaine de pays ont fait des progrès sur la voie de la démocratisation. Tant il est vrai que le libre commerce n'est jamais sans conséquence sur les libertés publiques. Montesquieu parlait déjà du " doux commerce".

Pour autant les écarts de développement dans le monde sont tels qu'ils finiront par engendrer de nouveaux flux migratoires. Car c'est l'une des caractéristiques de la phase actuelle de mondialisation de ne pas avoir été accompagnée, jusqu'à présent, par de forts transferts de population, contrairement à ce que l'on avait observé dans les phases  précédentes. On estime le nombre des migrants au début du XXI° siècle à 150 millions (numéro de septembre 2002 de "Population et Société", INED). Les migrations nettes (les entrées moins les sorties) vers les pays développés ont été de 2,4 millions de personnes par an sur la période 1990-2000. En tête des pays d'immigration on trouve les Etats-Unis ( 1,1 million en moyenne annuelle durant la dernière décennie du siècle), puis l'Allemagne (359000 par an), la Russie (320000), le Canada (141400), l'Italie (116100), Singapour (61800). La France présente un solde migratoire parmi les plus faibles de l'Europe (55000 par an). Le pourcentage d'étrangers dans la population varie entre 2 et 10% dans les pays industrialisés: 10% aux Etats-Unis, 8,9% en Allemagne, 5,6% en France (7,3% si l'on prend l'ensemble de résidents nés à l'étranger). Au total les migrations actuelles sont peu de choses par rapport aux flux du passé: 20 millions d'Africains déplacés aux Amériques et dans le monde arabe; 51 millions d'Européens émigrés durant le XIX° siècle et le début du XX°, vers l'Amérique, l'Océanie et les anciennes colonies; exodes forcés du fait des deux guerres mondiales au XX° siècle.

Dans la présente phase de la mondialisation, la circulation des personnes n'a pas connu l'accélération qui a touché les marchandises, les techniques, les capitaux et les entreprises. Cela ne durera pas car nous allons connaître un phénomène majeur qui va dominer le XXI° siècle: la conjonction d'une implosion démographique au Nord et d'une explosion au Sud. En Europe, la population totale pourrait revenir dans cinquante ans au niveau qu'elle avait il y a cinquante ans, c'est-à-dire diminuer de deux cents millions d'habitants sur un total actuel de 750 millions, si la fécondité ne se redresse pas. Même si le pourcentage de pauvres dans le monde diminue, il reste très élevé:28% de la population mondiale en 1990, 24% en 1999, hors Chine; dans ce dernier pays la baisse a été plus forte: 32% en 1990, 17% en 1999 (sous réserve d'une analyse critique des chiffres, bien qu'il s'agisse d'estimations de la Banque mondiale). Rappelons que le seuil de "pauvreté monétaire" est défini comme étant la moitié du revenu médian c'est-à-dire du revenu qui sépare une population en deux parties égales. La gestion de la pluralité des cultures et des religions au sein d'un même pays sera l'un des problèmes les plus difficiles à traiter durant le nouveau siècle. Même si la chute de la fécondité est mondiale et si elle s'annonce beaucoup plus rapide dans les pays pauvres au XXI° siècle qu'elle ne l'a été dans les pays riches aux XIX° et au XX° siècles. Il y a trente ans, le taux de fécondité était de 5,4 enfants par femme dans les pays pauvres; il est de 3,1 aujourd'hui. Certes il est de 1,5 en Europe mais pour en arriver là les Européens ont mis deux cents ans.

Ainsi la troisième phase d'accélération de la mondialisation est la première qui nous contraint à imaginer des institutions plurinationales (régionales et mondiales) capables d'édicter des règles qui s'imposent à tous, avec des sanctions pour ceux qui ne les respecteraient pas. C'est la première fois qu'elle est visible par tous, de tous les continents et de toutes les conditions. C'est la première fois qu'elle met directement en relation - comme une condition de sa pérennité- la nature de l'univers physique et la culture de l'homme vivant. Par ce degré plus élevé d'universalisme, par cette convergence plus forte des comportements, par cette conscience plus grande de nos responsabilités, la mondialisation actuelle attend qu'on lui trouve sa direction et qu'on lui donne sa signification.

 


Pour le christianisme on peut se demander dans ces conditions si la mondialisation ne constitue pas une "deuxième chance". Après avoir bénéficié du support de l'Empire romain pour se diffuser dans les premiers siècles, le christianisme peut trouver dans la mondialisation l'occasion de s'étendre et de s'approfondir. C'est ici que la pensée de Teilhard révèle toute sa fécondité. Car il a su trouver dans la culture moderne les mots et les concepts qui nous permettent de comprendre cette adéquation - qu'il nous faut toujours renouveler- du message évangélique avec les réalités contemporaines.

Il nous faut relire ici le texte considéré comme le testament spirituel de Teilhard, "Le christique", écrit en mars 1955 à la veille de sa mort.

Quelques citations: "Le Christianisme, loin de perdre de sa primauté au sein de la vaste mêlée religieuse, déchaînée par la totalisation du monde moderne, reprend et consolide au contraire sa place axiale et dirigeante en flèche des énergies psychiques humaines" ( tome 13 des œuvres de Teilhard de Chardin, aux Editions du Seuil, 1976). Dans aucun autre "credo" poursuit Teilhard , on ne trouve ces caractères du Dieu chrétien qui sont : l'insertion historique par le Christ, dans le processus de l'évolution; l'expansion universelle de ce centre "christique" par le jeu de la Résurrection; le pouvoir d'intégrer en un seul corps la totalité du genre humain. Voici une autre citation: " Ce qui, en fin de compte, fait l'imbattable supériorité du Christianisme sur toutes les autres espèces de foi, c'est de se trouver identifié de plus en plus consciemment avec une "Christogénèse", c'est-à-dire avec la montée perçue d'une certaine présence universelle". Le chrétien voit Dieu comme un centre qui se cherche une sphère et il voit le monde comme une sphère qui se cherche un centre. Le Christ émerge quand l'univers converge. "Une religion de l'Evolution, voilà donc finalement ce dont, pour survivre et pour super-vivre, l'Homme a de plus en plus explicitement besoin".

On voit naturellement dans ces considérations un reflet des débats historiques au temps de la jeunesse de Teilhard, sur l'évolution de l'espèce et ses rapports avec l'enseignement de l'Eglise. Mais l'élaboration de la pensée de Teilhard nous permet aujourd'hui de mieux traduire dans le langage de notre temps, le corps profond du message chrétien, sans qu'on cède à la tentation de faire du "Phénomène humain" (l'oeuvre la plus accomplie de l'auteur) une sorte de "cinquième évangile", ce qui n'aurait d'ailleurs eu aucun sens pour Teilhard lui-même qui écrivait: "Bien entendu ( et je ne le sais que trop) malgré l'ambitieuse splendeur de mes idées je reste en pratique, d'une imperfection qui m'inquiète. En dépit des prétentions de sa formulation, ma foi n'opère pas en moi autant de charité réelle, ni de calme confiance que , chez l'humble personne agenouillée à côté de moi, le catéchisme qu'on enseigne aux enfants". Ce qui n'enlève rien à sa conviction exprimée dans les dernières lignes de ce texte étonnant: " Partout sur Terre, en ce moment, au sein de la nouvelle atmosphère spirituelle, créée par l'apparition de l'idée d'Evolution, flottent à un état de sensibilisation mutuelle extrême, l'amour de Dieu et la foi au Monde". Certains diraient, l'amour du monde et la foi en Dieu....

Une autre dimension de cette double extension du christianisme dans le temps et dans l'espace est la dimension oecuménique. J'emprunte au Pasteur Konrad Reiser, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises, quelques réflexions sur l'avenir du Christianisme dans la mondialisation (conférence prononcée à Paris en janvier 2001, disponible sur le site de la Documentation catholique). Il dit: "II existe un lien profond entre la mondialisation et la vision universelle du christianisme... Le mouvement œcuménique, avec son engagement non seulement pour l'unité des chrétiens, mais également pour l'unité de toute l'humanité, peut même être considéré comme l'un des facteurs qui ont façonné cette nouvelle conscience mondiale. Le christianisme, face à la mondialisation, se doit d'être à la fois encourageant et vigilant. Il ne peut se satisfaire d'une communauté humaine qui ne serait fondée que sur la domination, l'accumulation et la compétition; il est de son rôle de rappeler les exigences de la mutualité, de la suffisance (au sens de modération) et de la coopération".

 


LEglise se doit donc de faire une analyse critique des formes de la mondialisation, en veillant à ne pas déconsidérer celle-ci à cette occasion. Le Pasteur Reiser ajoute: " A la base de sa tradition de catholicité et de conciliarité ( c'est un protestant qui parle), le christianisme est en mesure de faire une contribution importante au dialogue interculturel aussi bien au sein de la communauté chrétienne qu'entre chrétiens et leurs voisins d'autres religions".

La mondialisation est donc une "deuxième chance " pour le christianisme parce qu'elle lui offre des moyens de diffusion supplémentaires (grâce à l'informatique et aux télécommunications) et parce qu'elle lui ouvre des territoires nouveaux, singulièrement en Asie où vivent les plus grandes masses humaines ignorantes de l'Evangile, pour la plupart, à ce jour. Mais plus encore parce que la mondialisation exige une critique et attend un message que les chrétiens doivent pouvoir lui adresser. La religion chrétienne reste la plus répandue dans le monde si l'on fait masse du milliard de catholiques et d'un autre milliard de chrétiens de différentes Eglises. Soit un homme sur trois. Certes l'Islam progresse plus vite: 12% de la population mondiale au début du XX° siècle, 19% aujourd'hui ( soit 1,2 milliards de personnes). Mais il progresse surtout dans les pays qui se croient victimes de la mondialisation dans laquelle ils voient une forme moderne de colonialisme culturel et économique. Ce qui sera de moins en moins vrai avec l'accession de nouveaux pays au rang des économies développées: l'Inde, la Chine, la Turquie... L'Islam souffrira pour sa diffusion du statut qu'il donne à la femme et de la confusion entre le politique et le religieux. Les croyances asiatiques ( hindouisme, bouddhisme) s'apparentent davantage à des sagesses qu'à des religions, ce en quoi elles sont peut-être assez bien accordées aux mentalités modernes. Mais elles sont tellement liées par ailleurs aux cultures asiatiques qu'elles sont difficilement exportables.

La "désacralisation" du monde n'est peut-être pas aussi évidente qu'on le dit chez nous où, il est vrai, les églises se vident, les baptêmes diminuent de moitié depuis la guerre, les nouveaux prêtres sont dix fois moins nombreux. Mais n'a-t-on pas tendance à "enjoliver" le christianisme des sociétés traditionnelles où le cadre institutionnel tenait lieu de témoignage chrétien? Le Roi était "très chrétien", mais il s'alliait avec la Grand Turc et il massacrait femmes et enfants dans le Palatinat encore au XVII° siècle. Désormais dans nos contrées le christianisme n'est plus un cadre c'est une source. Peut-être moins visible mais pas nécessairement moins efficace pour incarner le message. Il nous reste à dégager sans cesse le chemin de la source envahi de mauvaises herbes. Si la source se perd , le fleuve se polluera. Nous voyons bien le risque d'une idéologie molle, vaguement inspirée des valeurs chrétiennes, dont on aurait perdu la trace. On parlerait de non violence, de droits égaux, de solidarité, de tolérance mais sans relier ces bonnes intentions aux principes qui les fondent, prenant le risque de les voir se dissiper à la première tempête.

Ce que le christianisme peut apporter à la mondialisation , au-delà des critiques, c'est l'intelligence de ce qu'elle est vraiment. Bien plus qu'un commerce: une étape de la réalisation du plan de Dieu sur le monde. Un plan dont il a eu la folie de confier une part de la réalisation à un être libre, donc faillible, l'homme. L'espace dans lequel nous travaillons aura sa fin "naturelle": rôti par le soleil dans cinq milliards d'années, vidé de l'espèce humaine dans quatre cents ans si la fécondité ne se redresse pas, ou désintégré par l'explosion d'une météorite n'importe quand. Nous ne savons rien de cela mais nous savons que Dieu nous a demandé de commencer la construction du Royaume dès maintenant en sachant que ce n'est pas nous qui l'achèverons.

Tant il est vrai que le chrétien n'est pas seulement un homme qui croit en Dieu,

c'est quelqu'un qui sait que Dieu croit en l'homme.

 

Novembre 2002