Jean-François MATTEI

 

Jean-François MATTEI. Membre de l'Institut Universitaire de France et du Comité d'éthique du CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement), est Professeur à l'Université de Nice-Sophia Antipolis. Directeur de la formation doctorale de Philosophie de la Faculté des Lettres de Nice, et Professeur à l'Institut d'Études Politiques d'Aix-en-Provence. Docteur d'État es lettres, il est agrégé de Philosophie et Diplômé de Sciences Politiques.

 

Il est l'éditeur du volume III de l’Encyclopédie philosophique universelle, Les Œuvres philosophiques (2 tomes. Paris. PUF, 1992), du volume IV du même ouvrage, Le Discours philosophique (PUF, 1998), ainsi que du volume des Actes du Congrès international de Nice, La naissance de la raison en Grèce (PUF, 1990). Il dirige la collection "Thémis-Philosophie" aux Presses Universitaires de France. Il est professeur invité à l'Université de Marmara (Istanbul) depuis octobre 1991 et professeur invité à l'Université Lavai à Québec (Canada) depuis septembre 1997.

 

Ouvrages : L'Étranger et le Simulacre. Essai sur la fondation de l'ontologie platonicienne, Paris, PUF, "Épiméthée", 1983 - La métaphysique à la limite. Cinq essais sur Heidegger, en collaboration avec Dominique Janicaud, Paris, PUF, "Épiméthée". 1983; traduction anglaise: Heidegger. From Métaphysics to Thought, New York, Suny Press, 1994. - L'ordre du monde. Platon, Nietzsche, Heidegger, Paris, PUF, 1989 ; traduction espagnole. Buenos-Aires, Losada. 1995 - Pythagore et les pythagoriciens,  Paris, PUF, "Que sais-je ?", 1993 ; traductions grecque, suédoise, roumaine, espagnole, chinoise, portugaise ; 2e éd. revue et corrigée, 1996. -Platon et le miroir du mythe. De l'Âge d'or à l'Atlantide, Paris, PUF, "Thémis", 1996. - Albert Camus et la philosophie, en collaboration avec Anne-Marie AMIOT, Paris, PUF, 1997. -Philosophie. Ethique et Droit de la médecine, en collaboration avec Dominique FOLSHEID, Paris, PUF, 1998 - La Barbarie intérieure. Essai sur l’immonde moderne, Paris, PUF, avril 1999 ; 3e éd. augmentée 2001 ; trad. portugaise. - Heidegger et Holderlin. Le Quadriparti, Paris, PUF, "Épiméthée". 2001 - Philosopher en français. Le langage de la philosophie et les langues nationales, Paris, PUF, "Quadrige". 2001.

Civilisation et barbarie, PUF, octobre 2002.

 

Intervention de Jean-François MATTEI 

Mondialisation et crise de la conscience 

L'évolution des sociétés industrielles, comme celle des sociétés traditionnelles, vers des échanges intégrés de plus en plus nombreux et de plus en plus vastes, définit ce que l'on appelle en France la "mondialisation", et dans les pays anglo-saxons, la "globalisation". Tout se passe comme si les sociétés actuelles, quel que soit leur régime politique, étaient emportées d'un mouvement irrésistible vers un monde unitaire, exclusif de toutes frontières, et susceptible d'intégrer l'ensemble des réseaux économiques, médiatiques et informatiques.

 A tout instant l'information, produite et diffusée en temps réel, unifie tous les pays de la planète et, à ce titre, est en mesure d'unifier à terme tous les hommes. Un tel processus n'est pas sans analogie avec l'évolution du "phénomène humain" dont parlait Teilhard de Chardin dès son deuxième ouvrage, en 1938-1940.

 Prêtre, géologue et paléontologue, Teilhard a cherché à synthétiser de façon scientifique les phénomènes historiques, épars dans le temps, et sa croyance religieuse en la parousie. L'évolution du cosmos irait de la Prévie (la matière étudiée par la physique et la chimie), à la Vie (les espèces vivantes étudiées par la biologie), à l'Arbre de la Vie, (la céphalisation qui précède la conscience chez les primates) et, enfin, à la Pensée (l'apparition de l'homme qui se distingue du reste de l'univers par sa réflexion : il ne sait pas seulement, mais "il sait qu'il sait").

L'évolution du cosmos devrait ainsi aboutir à la constitution de la Noosphère, ou sphère de l'Esprit, au-dessus de la Biosphère, ou sphère de la Vie, pour converger en ce point Omega sublime qui est le mystère unique de Dieu tel qu'il a été révélé par le Christ.

 On peut se demander si cette évolution idéale de la matière à l'esprit et de l'esprit à Dieu, à travers les hasards et la sélection, correspond à l'évolution réelle de nos sociétés au tournant du nouveau millénaire.

Il semble, au contraire, que les progrès techniques, loin de développer l'intégration des sociétés et, à travers elle, l'intégration des hommes, aient entraîné une crise de confiance généralisée dans les progrès de la raison. Cette crise de confiance, qui a conduit à abandonner les utopies d'une société universelle, d'un gouvernement mondial et d'une paix perpétuelle, est en même temps une crise de conscience.

 On peut douter que les progrès de l'économie, dans la mondialisation présente, et, plus encore, les progrès de l'information (cf. l'Internet), aient permis de faire émerger une conscience universelle qui, à défaut de culminer encore dans le Christ Omega, aurait simplement développé la conscience morale des hommes.

 

 Jean-François MATTEI  

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