Lobbying

Lobbying. Aussitôt ce mot mystérieux, difficile à transcrire en français (les Québécois parlent d’influençage), provoque des réactions d’incompréhension ou d’indignation. Comme s’il n’était pas possible de convaincre honnêtement, de persuader habilement et d’influencer proprement. Car tel est le lobbying : informer et expliquer aussi objectivement que possible, savoir plaider une cause avec les mots de son interlocuteur et surtout lui donner le sentiment de prendre en compte ses réserves, ses inquiétudes, voire ses réticences. S’il est une réalité, le cloisonnement des mentalités ne saurait être une fatalité incontournable. Faire du lobbying, c’est s’attacher à faciliter la compréhension d’autrui, afin de parvenir à concilier les points de vue. Il est souvent possible de sauvegarder ses intérêts sans forcément léser ceux d’autrui.

 

En fait le lobbying est avant tout une manière opportune d’utiliser à son profit les techniques d’information et de communication, à condition que cette approche repose en amont sur une véritable réflexion approfondie. Il ne saurait y avoir de bonne stratégie opérationnelle, sans préparation minutieuse des arguments en présence, tant les siens que ceux de la ou des parties adverses. Pour se faire bien entendre, il faut être bien compris et donc répondre par anticipation aux questions de ses interlocuteurs. Dû moins à celles qui confortent la thèse à défendre, bien évidemment.

 

Plus généralement, dès lors qu’on est parvenu à prendre en compte la philosophie et le langage de la partie adverse, pour mieux la circonvenir, au-delà d’une application limitée aux seules relations avec les pouvoirs publics ou politiques, le lobbying correspond, dans ses différents domaines d’application, à une certaine forme de management, dominée par une réflexion stratégique. Dans sa bonne pratique, le lobbying exige donc de prendre du recul sur le dossier traité, afin de se départir au mieux de ses propres impressions subjectives.

 

Contrairement à la conception anglo-saxonne où prime l’intérêt individuel, les institutions nationales s’appuient fondamentalement sur la prééminence de l’intérêt général, lui-même défini par l’expression de la souveraineté populaire, c'est-à-dire les élus. Il n’y a pas en France de « droit de pétition » mais en revanche la loi de 1901 sur les associations a été un moyen exceptionnel de créer une foultitude de petits groupes de pression qui s’emploient à influer du mieux qu’il peuvent sur les textes qui les motivent.

 

Tout compte fait, faire du lobbying, c’est d’abord avoir le sens de l’autre savoir aller vers lui et lui parler avec ses mots pour lui faire mieux entendre et comprendre nos idées et nos choix. Simple à dire. Reste à y parvenir.

Thierry Lefébure    20 juin 2005

 

Quelques sites sur le sujet :

www.veille.com

www.fepie.org

www.afdie.org

www.cogefi.com/formations/intervenantsIE.pdf

« L’information est une ressource stratégique

qui conditionne le dynamisme de notre économie » 

Il aura fallu finalement près d’une vingtaine d’années pour que les milieux dirigeants français veuillent bien admettre que l’information est une ressource stratégique qui conditionne le dynamisme de notre économie et donc le développement de notre pays. C’est par son partage et par sa mise en réseau que nous parviendrons à décloisonner nos élites et à exploiter de manière beaucoup plus efficace nos capacités entrepreneuriales.

 

Les pesanteurs idéologiques ont la vie dure et entretiennent des préjugés simplistes et consternants, selon lesquels, par exemple, il n’est vertueux que le secteur public, comme s’il n’y avait d’argent corrupteur que dans le secteur privé ! Comme si l’on pouvait sérieusement affirmer qu’il y a deux France : celle des fonctionnaires et des agents du public, probe et dévouée, et l’autre, celle des profiteurs et des corrupteurs. Comme si la SNCM n’était pas une illustration effarante et maffieuse que cette France obsédée par le service public, génère impunément aux frais des contribuables. Il n’est que d’observer les pays qui aujourd’hui sont leaders en Europe, tel l’Irlande, pour comprendre que nous sommes victimes de ces pesanteurs ataviques, propres à notre culture latine du secret. Celui qui sait se croit toujours supérieur à ceux qui ne savent pas. C’est à lui qu’appartient le choix de leur apprendre. Illusion du pouvoir, naissance de la tentation mégalomaniaque, combien de crises sont nées et naissent encore de ces attitudes délirantes ? A l’opposé les français sont connus pour leur capacité à être soudainement et passablement bavards dans les restaurants, les trains, les avions… La subtilité de la notion de partage des connaissances entre initiés et de confidentialité, nous échappe tout autant que celle de méfiance et de prudence. Parce que nous copions peu les autres, nous ne les soupçonnons pas de s’ingénier à nous copier !

 

Comment s’étonner dès lors de la difficulté que rencontrent nos élus nationaux, à obtenir des informations objectives et à être en mesure de les exploiter. Nous oscillons sans cesse entre le secret qui s’impose à de prétendues informations stratégiques et les excès simplificateurs de la communication médiatique. Sans nuance, ni discernement, entre l’information noire et l’information blanche. Dès lors intelligence et lobbying dont l’objectif est de se renseigner, de vérifier, d’analyser et de faire savoir sont tenus pour suspects, puisqu’ils travaillent sur l’information « grise », récupérée dans les méandres des circuits administratifs. En s’attachant au partage constructif des informations et de la connaissance des entreprises, ces disciplines facilitent au contraire le travail du législateur, en lui offrant une table de lecture des faits et des enjeux des décisions qu’il doit prendre. Quant à l’argumentation partisane qui intervient en aval, elle est expression du jeu démocratique : chacun est libre de préconiser un choix déterminé et de plaider sa cause auprès des représentants du Peuple. Loin de chercher à manœuvrer en secret, ces activités contribuent à l’inverse à éliminer les tentatives de désinformation et à désamorcer d’éventuelles manœuvres clandestines.

 

« L’Intelligence économique est fondée sur les réalités de la compétition, de la concurrence et des lois du marché qui imposent de mettre en cause les rentes de situation et de faire évoluer les mentalités, pour passer d’une culture de moyens à une culture de résultat » explique l’Amiral Pierre Lacoste. Cela vaut tout autant pour le lobbying. En ce sens, il est temps que notre pays fasse ce qu’Alain Juillet qualifie de véritable « révolte culturelle ». Notre vraie richesse tient aux compétences et aux savoir-faire de nos entrepreneurs qu’il nous faut non seulement protéger mais surtout développer, encourager et promouvoir. Tel est le sens de notre action, afin de permettre au législateur de n’être plus cantonné à seulement encadrer, voire limiter l’initiative et la liberté d’entreprendre mais à disposer des moyens d’accompagner et de faciliter notre expansion économique.

Thierry Lefébure

Délégué Général de la Fédération des Professionnels

de l’Intelligence Economique – FéPIE

Président d’honneur de l’AFCL

Paru en février 2006 dans « La Revue Parlementaire »